Pourquoi le sommeil n'éteint-il pas nos cerveaux, comme on éteint une lampe ?
Au lieu de cela, partout, dans chaque ville, chaque maison, chaque lit, lorsque le corps repose et que l'esprit rejoind Morphée, qu'il plonge dans ses bras, dont la douceur est semblable aux ailes des anges ; des avocats, des ministres, des femmes aux foyers avec leur tablier, des étudiants en herbologie, des bonnes soeurs participent à des orgies, parlent aux morts, survolent leur propre maison, complètement nus, pourvus de grandes ailes. La blonde sulfureuse qui ne porte jamais de soutien-gorge et dont les lèvres sont toujours humides et entrouvertes, comme une sorte d'invitation permanente à la pipe, avec le cavalier mongole. La nounou avec le Président. Le chef d'entreprise avec la restauratrice japonaise. L'adolescente avec sa meilleure amie. Même la fille qui est sistématiquement assise au premier rang en classe, avec ses lunettes à monture métallique, ses yeux plissés, ses boutons d'acnée, et son sourire en fils de fer barbellés se voit se faire faire un cuni par le vendeur du magasin de surf d'en face. Le fils avec sa soeur. La putain de l'avenue Foch avec le clochard du bar-tabac du coin. Et puis tout est oublié, tout redevient normal, et le plombier appelle pour dire qu'il sera un peu en retard .
Comment arrivons nous à sortir du lit le matin, à nous regarder les uns les autres, à organiser nos journées ordinaires, en sachant d'ou nous revenons et ou nous ne tarderons pas à retourner ?
